MARSEILLE le cinquieme
La pêche, l'apéro, les cartes, les boules et les femmes en blouses qui font la cuisine , de nos jours, ce cliché n'est plus vérifiable en Provence. Marseille s'embourgeoise.
Dans le cinquième arrondissement de Marseille, il y a les bobos. Cette nouvelle espèce venue essentiellement de Paris, arrive pour s'emboucaner dans le quartier le plus convoité des ex y'a pas mort d'homme. Ils viennent en masse et s'installent au rez-de-chaussée des petits immeubles typiquement Marseillais. Ces spacieux logements, souvent en duplex, s'ouvrent sur de rectangulaires jardins dont seuls les ras-le-sol peuvent en profiter.
La plaine, Chave, Eugène Pierre, Abée de l'épée et Terrusse voie de l'enfer. Les soirs d'été lorsque les hautes fenêtres sont largement ouvertes sur Lucifer : on profite de tout. " Attention ! Attention ! La foire du cinquième continue ! " - Tatatalila la-la, tatatalila la-la - " A toutes heures de la nuit ! " - Tsoin ! Tsoin ! - Le défilé s'embrume de gaz d'échappement qui alourdissent le peu d'air pur que l'on puisse trouver en centre ville; s'anime des bousculades de clochards qui s'insultent . Ces derniers s'adressent quelques fois aussi à une personne imaginaire. " Rends-moi (...) ma bouteille.
- Non, elle, elle est à moi.
- Rends-moi ma bou-eille ! Non-di-Dieu.
- Non ! A moi.
- Dis-lui qu'il me rende ma-A bouneille. Enculé ! Rends-moi MA BOU-TEILLE. Dis-lui, toi ! Mais, putain, dis-lui toi, qu'i-il me rende MA bouteille ". Ils se tournent simultanément vers le fantôme de Terrusse qui ne répond pas, le farceur ! En équilibre sur les talons les brocs sont connectés à l'au-de-là et attendent en vain la délibération du feu blagueur. Le jugement ne se fait pas et les deux acolytes continuent alors tant bien que mal, leur périple nocturne.
Le fond sonore est fait quant à lui, de démonstrations instrumentales entre amis divers et variés. Instruments musicaux que toute la planète puisse fabriquer, cela passe du clairon au djembé, de la flûte traversière au cithare. Il est bien entendu qu'il faut inclure les festivités d'anniversaires, les réussites d'examen, la fin des cours, la reprise des cours, les échanges d'appartements entre bons Parisiens et ce du vendredi soir au vendredi matin suivant. Il ne manque plus que les odeurs !
Ahh, les odeurs du cinquième, pipi, caca, vomi, c'est tellement naturel... Hum, ça pu si bon dans le cinquième, les Parisiens, les bobos s'y sentent si bien ! " Demandez l'programme ! ". Il suffit de le demander car le voilà :
Cela débute dès le petit matin, six heures trente, avec le tout petit caniche de pépé. Pépé Marseillais rescapé. Pépé insomniaque qui n'a plus qu'une seule mission par jour, celle de sortir petit pépère. De plus, pépé est sourd comme un pot et ne s'entend pas parler : " Kiki, viens ici ! Tu fais, là (...) dans le caniveau. DANG le caniveau, je teuh dis ! " Le chien d'agrément très répandu, à l'abondante toison bouclée a TOUJOURS les griffes longues - Click, click, click, click (...) Chcrach, chcrach - Font les petits ongles délicats sur le trottoir. Oui, sur le trottoir ! Car il est fortement probable que ces chiens n'entendent pas ce qu'on leurs dit et font donc leurs besoins un peu où ils veulent, eux aussi. " Oh Kiki ?! Tu n'y arrives pas ? " Phénomène incroyable, même lorsque la crotte ne sort pas, la petite bête s'obstine à gratter le sol. Le pire est prévisible lorsque le cinquante centimètres passe au un mètre vingt au garrot. Ce cheval fait des excréments gros comme une pizza solo et pisse dix huit mètres de tuyau d'arrosage. Le problème réside dans le fait qu'il n'y en a pas qu'un bourrin à quatre pattes et ils font tous, mais alors TOUS au milieu de la route : la première voiture passe. Le festival matinal commence.
La défécation peut se repérer, qu'à une seule condition, qu'elle soit sous un lampadaire. Elle est pourtant grosse, on ne peut pas la louper, à moins d'être bourré. Hop, elle est évitée. Celle qui suit l'est beaucoup moins. La première, la deuxième, la troisième roulent sur le énième dépôt. La Traviata débute. Un tapis de caca forcement mal odorant se déroule et à chaque passage de voiture, les essences des déchets fécaux se révèlent et viennent chatouiller les petites narines délicates de ceux qui tentent de faire la " grasse mat ".
Vous n'êtes pas bobos, Parisiens, kamikazes, alors ?! Ça vous tente ? Le cinquième ?
" Ah ! Ah ! Ah ! "
2010, méme-
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25 juillet 2012
Oui,le gros point commun des habitants du triangle d’or (c’est le nom que donnent les agents immobiliers à ce quartier,je l’ai appris récemment) ce sont leurs chiens. Vivre au sens propre dans la merdre,un concepte très marseillais…
25 juillet 2012
Bonjour soleil de Marseille ! ( Quel joli pseudonyme ). Merci pour votre commentaire qui crédibilise cette histoire, ce récit sur l’état lamentablement » CACA-Poum, merde in France » des trottoirs du cinquième de Marseille. À bientôt pour de nouvelles histoires -)